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La longue et
difficile reconnaissance en France
A la différence de des pays cités ci-dessus, jusqu’à aujourd’hui, la
déportation des homosexuel(le)s reste, en France, un sujet occulté, une
mémoire confisquée. Lors de la Journée du Souvenir, les associations de
déportés – dont la « Fédération Nationale des Déportés, Internés,
Résistants et Patriotes » - sont chargées de rendre hommage à ceux qui ont
connu les Camps, mais refusent de reconnaître les homosexuels, malgré les
protestations des associations gays et lesbiennes. En 1975, l’association
G.L.H. de Paris tente de déposer une gerbe au Mémorial. Elle est
immédiatement expulsée. La même situation se reproduit en 1984 à Paris, en
1985 à Besançon, ainsi que les années suivantes à Orléans, Nantes,
Bordeaux, Lille et Nancy.
Le tournant 2001
Les choses bougent significativement en 2001, avec trois avancées
significatives :
- M. Lionel Jospin, Premier Ministre, tient des propos explicites à ce
sujet le 26 avril 2001, trois jours avant la Journée de la Déportation : "
Nul ne doit rester à l'écart de cette entreprise de mémoire. Il est
important que notre pays reconnaisse pleinement les persécutions
perpétrées durant l'occupation contre certaines minorités, les réfugiés
espagnols, les tziganes ou les homosexuels." C'est la première fois que la
République française reconnaît cette déportation !
- Le secrétariat d'Etat aux Anciens combattants fait alors passer une
circulaire aux préfets incitant à autoriser la présence des associations
homosexuelles aux cérémonies.
- Surtout, une commission d'historiens est créée, pour étudier les
archives du ministère, ouvertes à cette occasion. Cette commission est
coordonnée par la très officielle la Fondation pour la Mémoire de la
Déportation. Dans le rapport de cette Fondation (nov.2001), on recense 210
homosexuels persécutés et internés, dont 206 en provenance d'Alsace
Moselle.
Selon le secrétaire d'Etat à la Défense, chargé des Anciens combattants :
pour lui " la réalité de la déportation homosexuelle ne peut plus être
niée " et " les pouvoirs publics doivent dire haut et fort que cela est
inacceptable. " De vrais changements ! Il compte reprendre la proposition
de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation : un plaque accolée au
Mémorial de l'Île de la Cité avec tous les triangles de tous les déportés
par les nazis.
- Cependant tout n'est pas acquis, reste un gros blocage : les
associations homosexuelles ne sont toujours pas autorisées dans les
cérémonies officielles du Souvenir car statutairement celles-ci ne sont
peuvent être organisées que par des associations de déportés ou de parents
de déportés... Par ailleurs les pouvoirs publics ont une attitude qui
varie du tout au tout selon les régions :
Lors de la cinquantième Journée nationale du souvenir des victimes et des
héros de la déportation , le dimanche 25 avril 2004, à Paris, Marseille,
Biarritz, Le Mans, Lyon ou Bordeaux, les autorités préfectorales et
municipales et les associations de déporté/es ont officiellement invitées
les associations homosexuelles à se recueillir avec eux, les autorisant
parfois à participer au dépôt de la gerbe unique (Marseille) ou à déposer
une gerbe distincte au milieu de la cérémonie officielle (Le Mans).
En revanche, à Grenoble, Lille, Montpellier, Nîmes, Orléans ou Reims et
Nancy, elles les ont peu ou prou mises à l'écart : fanfare militaire
lancée en pleine minute de silence (Lille), menace de garde à vue
(Montpellier), interdiction de tout dépôt de gerbe (Grenoble), retrait des
drapeaux tricolore en plein dans la "2ème" cérémonie (Nancy)... Les
autorités préfectorales qui ont pris part à ces manifestations d'homophobie
ont pu s'y sentir encouragées par la circulaire du 8 avril 2004, qui
observe un silence sibyllin sur la déportation homosexuelle, alors que les
recommandations gouvernementales depuis 2001 mentionnaient explicitement
que les associations qui portent le souvenir de cette déportation "peuvent
se joindre à l'hommage que la France rend chaque année aux victimes du
nazisme" et "déposer une gerbe"

2005, 2006: plusieurs réunions de travail on eut lieu entre le
gouvernement et plusieurs associations homosexuelles avec une volonté
d'avancer sur la question de la reconnaissance. Dans plusieurs
régions, on observe des contacts courriers, des entrevues, des réunions
entre ces associations et les Préfectures, les mairie chargées de
coordonner les cérémonies officielles. Mais on constate de très grandes
disparités entre les Préfectures et finalement très peu d'avancées...
Dans cette même période, on apprend la triste disparition de Pierre Seel, déporté alsacien
pour motif d'homosexualité , arrêté à 17 ans grâce à la
police française. Il s'est toujours battu pour être reconnu. Il est décédé
le 25 novembre 2005 à l'age de 82ans.
INFO
DU 20 AOÛT 2007:
Déportation des homosexuels: le
gouvernement souhaite une plaque commémorative
Le
secrétaire d'Etat à la Défense chargé des Anciens combattants, Alain
Marleix, souhaite qu'une plaque commémorative soit dévoilée en 2008 pour
les déportés homosexuels, ont indiqué lundi ses services.
Alain Marleix "soutient l'initiative de l'association 'Les Oublié(e)s de
la Mémoire' qui souhaite voir apposer une plaque commémorative en
souvenir et hommage aux déportés français et étrangers pour motif
d'homosexualité", a déclaré le secrétariat d'Etat lundi dans un
communiqué.
"Cette plaque pourrait être fixée sur le Mur du souvenir du camp de
concentration du Struthof" (Bas-Rhin), a-t-il précisé.
La demande de l'association "sera soumise prochainement, pour avis, à la
commission exécutive" du Struthof qui rassemble d'anciens déportés et
internés, a ajouté Alain Marleix souhaitant qu'une plaque puisse être
dévoilée dès 2008.
Parmi les déportés pour motif d'homosexualité au Struthof figurait
Pierre Seel, décédé en 2005 et qui souhaitait qu'à côté des plaques
rendant hommage aux différentes catégories de victimes, les déportés
homosexuels soient représentés. Plusieurs associations LGBT portaient
cette revendication depuis plusieurs années comme le Mémorial de la
Déportation Homosexuelle.
Pierre Seel, qui avait témoigné de sa déportation dans un ouvrage
autobiographique, avait perdu au Struthof son ami dévoré par les chiens
des SS en 1941.
Le camp du Struthof, érigé en 1941, fut le seul construit par les nazis
sur le territoire français, l'Alsace étant à l'époque territoire annexé
par l'Allemagne. Environ 52.000 personnes y furent déportées et près de
22.000 y périrent.
Une
reconnaissance d'Etat longue et difficile (ndlr NG, rappel):
Grâce à
l'action de personnalités comme Jean Le Bitoux et d'associations comme
le Mémorial de la déportation homosexuelle, les Flamands roses, l'Inter-LGBT
ou Homosexualités et socialisme, la France a reconnu la déportation
homosexuelle le jeudi 26 avril 2001 par l'intermédiaire de Lionel
Jospin, alors Premier ministre.
En 2005, Jacques Chirac, alors Président de la République a, à son tour,
fait un pas supplémentaire vers la reconnaissance des déportés
homosexuels par État.
La proposition faite par le secrétaire d'Etat chargé des Anciens
combattants de Nicolas Sarkozy s'inscrit dans ce chemin long et
difficile. Il reste d'ailleurs encore à la faire valider par la
commission exécutive du Struthof qui rassemble d'anciens déportés et
internés.
Mais, cette reconnaissance n'est pas encore effective dans tous les
départements : si de pus en plus d'associations LGBT locales peuvent
participer officiellement aux cérémonies du souvenir de la déportation
le dernier dimanche d'avril, d'autres sont encore rejetés manu militari.
En France, on est encore loin des monuments commémoratifs spécifiques de
la déportation homosexuelle, comme aux Pays-Bas ou le projet en cours de
réalisation à Berlin.
Source E-LLICO, le 21/08/07
Février 2008:
La France a enfin son premier lieu de mémoire à Toulouse :

inaugurée le 23 février 2008 à Toulouse, quartier du Port Saint Sauveur.
Pierre SEEL,
le seul déporté français pour homosexualité à avoir revendiqué le motif
de sa Déportation, avait choisi Toulouse, pour mener son combat et y
finir sa vie, le vendredi 25 novembre 2005.
La naissance de cette rue est l’aboutissement d’un travail mené depuis 2
ans. Le soutien des signatures de tous les élu-e-s de Toulouse, de
personnalités publiques, d’associations de déportés, d’associations LGBT,
et sans oublier les citoyens-nes anonymes ont grandement aidé à ce
succès.
63 ans après la fin de la guerre, notre pays voit enfin, l’existence
d’un lieu de mémoire consacré aux victimes de la Déportation pour motif
d’homosexualité, plusieurs années après l’Allemagne, l’Australie,
l’Autriche, les Etats-Unis, l’Italie et les Pays-Bas.
Toulouse est désormais à l'avant-garde de la reconnaissance mémorielle
de cette Déportation. En espérant que cet événement sera le moteur
principal dans l’apposition d’une plaque mémorielle au sein du camp de
concentration et d’extermination de Natzweiler-Struthof.
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