Dossiers | Histoire > la déportation


LA SINISTRE CLASSIFICATION NAZI

 
Avec la réorganisation des camps, la SS introduit en 1936 un système de catégories permettant de caractériser les groupes de détenus. Sur la partie gauche de la poitrine et sur la jambe droite des pantalons on cousait, à côté du numéro du détenu, un triangle de couleur (...)
 

 

Les 'adversaires politiques': le triangle rouge".
Les autres détenus "criminels" recevaient ainsi un triangle vert,
les "asociaux" un triangle noir,
les émigrés un bleu,
les tsiganes d'abord un triangle brun puis noir.
Les juifs portaient l'étoile de David à six branches.
Les étrangers, le plus souvent identifiés comme "politiques", avaient sur le triangle rouge l'initiale indiquant leur nationalité, un "F" pour les Français, un "P" pour les Polonais, un "S" pour les Espagnols.
Les prisonniers placés en compagnie pénitentiaire étaient signalés par un point noir au sommet de leur triangle.
Les détenus des convois "nuit et brouillard" étaient marqués de larges bandes rouges, portaient une croix sur le dos et, à droite et à gauche, les lettres "NN" (pour "Nacht und Nebel"),
Quant à ceux qui étaient soupçonnés de vouloir s'évader, ils étaient signalés par une cible rouge et blanc sur la poitrine et sur le dos, pour être visés par les mitraillettes au moindre mouvement de foule suspect, comme sur un stand de foire.
et les homosexuels un rose.

 

Le triangle rose, à la couleur de petite fille dans le but de ridiculiser la masculinité, se généralisera peu à peu dans les camps après que de nombreuses lesbiennes aient porté le triangle noir des asociaux ou que la barrette bleue ait marqué certains homosexuels, confondus avec les catholiques réfractaires, comme Pierre Seel dans le camp alsacien de Schirmek. D'autres étiquetages existèrent, encore plus infâmes : un témoignage recueilli dans les archives du Mémorial de l'Holocauste de Washington, celui d'Erwin Forly, tchèque déporté pour homosexualité à Auschwitz, parle d'un étiquetage spécial : "Certains premiers déportés homosexuels durent porter autour de leurs hanches un tissu jaune arborant un 'A' majuscule. Il représentait l'initiale de 'Arschficker', littéralement 'baiseur de cul'." Mais quand le triangle rose sera finalement adopté dans la plupart des camps, il ne sera pas pour autant un triangle comme les autres. Pour être plus visible de loin, il faisait trois centimètres de plus de côté que tous les autres triangles. Comme le dit Heinz Heger : "les pédés, il fallait les reconnaître de loin!"
De tous, le triangle porté par les Homosexuels était le plus grand : un triangle équilatéral de 17 cm de côté. Le plus visible, pour être le plus haï.
Les déportés homosexuels français au camp de Schirmeck ne portèrent pas le triangle rose, mais une barrette bleue.
 

Mais ces codifications visuelles étaient finalement moins à l'usage des SS pour mieux identifier ces populations captives dans la gestion des camps que pour créer en permanence un différentiel entre les détenus et entretenir entre eux une méfiance par la visibilité. Elles signifiaient également une hiérarchie de l'avilissement à disposition des kapos.

 

 

En bas de l'échelle de la déviation se tenaient enfin les '175', les homosexuels. Bien qu'ils n'aient pas représenté un risque politique, ils occupaient une position marginale analogue à la catégorie des 'sous-hommes'. ils étaient anormaux, nuisibles, superflus. Les slaves, les tsiganes, les juifs tendaient à ne pas être du tout considérés comme membres de la société humaine. Ils constituaient une catégorie placée en marge, sinon au delà de toute socialité. La persécution prenait ici le caractère d'une élimination systématique. Le critère racial dominait tous les autres. Un juif de Belgique ou de France également classé dans la catégorie 'opposant politique' ou 'criminel' était d'abord un juif. Jean Vigreux rajoute : "Le déporté porte sur son pyjama rayé le triangle ou l'étoile qui stigmatisent. C'est une hiérarchie raciste et sociale établie et voulue par les nazis. Chaque déporté en camp de concentration ou d'extermination était confronté à la mort. Mort par la faim, mort par épuisement, mort par les maladies, par les expériences médicales, par les tortures ou les exécutions sommaires. Ou encore la mort par les chambres à gaz".

 

L' EVOLUTION DES LOIS ALLEMANDES

Après la seconde guerre mondiale, les poursuites d'homosexuels ont été nettement moins intensives en RDA qu'en RFA, ou bien sûr qu'en URSS. Associations et publications homosexuelles étaient en revanche interdites en RDA jusqu'en 1988, alors qu'elles se sont vite recréées à dans l'allemagne de l'ouest de l'après-guerre.
A l'est, la RDA a également repris ce paragraphe 175 jusqu'en 1968, mais dans sa version d'avant 1935: nettement moins sévère, elle ne punissait que les actes sexuels avérés.

Entre 1950 à 1965, ce serait au moins 45 000 homosexuels qui auraient ainsi été condamnés en vertu du paragraphe 175 du code penal.

1969 : le paragraphe 175 est adouci : les relations entre hommes consentants de plus de 21 ans n'étant dès lors plus condamnables. Ce texte a ensuite totalement disparu en 1994, à la faveur de la réunification.

2000 : L'Allemagne tente enfin de se repentir : le Bundestag (parlement allemand) vote une résolution appelant le gouvernement à préparer une loi pour réhabiliter les dizaines de milliers d'hommes condamnés pour homosexualité entre 1935 et 1945.
le Bundestag exprime son «regret» pour les condamnations intervenues jusqu'en 1969. Concernant les condamnés de 1945 à 1969, «aucune réhabilitation ne semble toutefois possible», explique Günter Dworek, la Cour constitutionnelle fédérale ayant jugé l'article «conforme au droit» en 1957.
A défaut d'avoir été réhabilités à temps, les déportés homosexuels pourraient auront leur mémorial à Berlin.

 

Le triangle rose, 1993, " Laurent ", photographie peinte, pièce unique © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris

 

LA RECONNAISSANCE OCCULTEE EN FRANCE

A la Libération, fin 44, les camps sont enfin libérés par les Alliés. Ce n'est pas la libération pour tous. La confusion y règne alors. Et, l’on reproduit, une fois, encore, les schéma nazi en hiérarchisant les déportés. On donne plus d’importance à un résistant qu’à un juif ! ! !

février 1945: Nouvelle modification de l'alinéa 1 de l'article 334 (ratifiée par le Général De Gaulle). : il est déplacé à l'alinéa 3 de l'article 331 du code pénal, sous cette forme :
"Sera puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 60 FFà 15 000 FF quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans."


En 1948, Les homos et les droits communs sont exclus de la réparation due aux victimes du nazisme. Les déportés homosexuels, comme les criminels, ne peuvent obtenir ni reconnaissance ni indemnisation. Après-guerre, le refus de l'état français de reconnaître la déportation des homosexuels et d'indemniser les victimes sonne comme une approbation de la déportation en elle-même.

En 1949 : Le préfet de police de Paris interdit aux hommes de danser entre eux.

En 1960 l’amendement Mirguet classe l’homosexualité comme un « fléau social », et donne au Gouvernement le droit de légiférer par décret, pour la combattre.


Il faudra attendre 1981 pour que François Mitterrand dépénalise l’homosexualité. Ainsi, les déportés du triangle rose risquaient-ils la prison s’ils dévoilaient à la Libération la cause réelle de leur internement


1981 : Circulaire du ministère de l'intérieur à la hiérarchie policière interdisant "le fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison, les suspicions antihomosexuelles".
Le même jour, le ministère de l'interieur met fin au "Groupe de contrôle homosexuel" : système discriminatoire qui consistait a ficher les personnes homosexuelles.


Même année 1981 en France, L'homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales. On notera tout de même que l'OMS (Organisme Mondial de la Santé) ne supprimera l'homosexualité de la liste des maladies mentales qu'en 1993 !

août 1982 : Les restriction introduite en 1942 et confirmées en 1945 sont abrogées Cette restriction réprimait toutes relations sexuelles librement consenties entre une personne de 21 ans ou plus et une personne de moins de 21 ans, ainsi que toutes relations sexuelles librements consenties entre deux personnes de moins de 21 ans). De cette façon, la législation française de l'époque s'aligne sur la législation des Pays-Bas et des pays Scandinaves.
De plus, la majorité sexuelle passe à 15 ans pour tous.

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